Ainsi, le couperet est tombé, sans appel : Contador perd son titre de vainqueur du Tour de France 2010. Pour ceux qui suivent les exploits vélocipédiques de ces jeunes hommes vêtus de combinaisons fluorescentes, inutile de présenter ce cycliste espagnol, ni de rappeler qu’il avait remporté la Grande boucle en 2010, avant d’être déclaré positif à une substance dopante et exotique dont nous oublions le nom – mais qu’importe !, pourvu qu’on ait l’ivresse ?! (Ndla: une recherche nous a permis de retrouver le nom: clenbutérol. Admettez qu’il était légitime de l’avoir oublié !)
Pour les autres, ceux que “la petite reine” n’émeut que très rarement (voire pas du tout) ; pour ceux à qui cette fanfaronnade séculaire n’inspire qu’un profond ennui ; pour ceux qui, enfin, après Roland Garros et la Coupe du Monde, commencent à se lasser de traînasser devant la télévision, la bave aux commissures des lèvres, au plus fort de l’été dans l’hémisphère Nord, et zappent plus vite que leur ombre dès qu’ils aperçoivent une vue d’hélicoptère d’un village pittoresque français ; pour tous ceux-là, donc, un complément d’explications s’impose.
Alberto Contador, né le 6 décembre 1982 à Madrid (en pleine Saint Nicolas, ce qui laissait déjà présager d’une tendance à cacher des trucs dans sa hotte), est un vélocipédiste espagnol, membre de l’équipe Saxo Bank. Une équipe ?, me demanderez-vous peut-être si vous ne savez rien du vélo, à part qu’il fait mal aux mollets dans les côtes. Eh bien oui, une équipe : sachez-le, les cyclistes ne se déplacent qu’en troupeau, même si – SURTOUT si – ils sont professionnels.
De ce troupeau a émargé, en 2007, le jeune Alberto Contador, qui eut le plaisir de remporter le célèbre “Tour de France”. La compétition bien connue pour sa difficulté, soumet ces jeunes gaillards et leurs corps anguleux à rude épreuve. Le jeune Alberto en gagna donc le respect de bien des aficionados de cette noble discipline.
Cet exploit, il le renouvèlera en 2009 et en 2010, avant que ne tombe le “scoop” : le gredin a été contrôlé positif à une substance dopante… en d’autres termes – mais nous ne voudrions pas schématiser abusivement une situation complexe, pleine de tenants et d’aboutissants – il a triché ! Ouh, que c’est mal !
Certains passionnés de la compétition à deux roues crient au scandale : il a triché ! Honte sur lui ! Le renégat ! Ce mouton noir jette l’opprobre sur cette digne compétition, héroïque démonstration de la bravoure faite homme ! Heureusement, la Vérité (avec un grand “v”) a su s’imposer cette fois ! La justice a triomphé !
Les défenseurs du coureur incriminé, eux, crient au scandale également, mais cette fois-ci contre la justice qui n’a pas tenu compte des plus de 1500 pages communiquées par Monsieur Contador pour prouver que c’est bien entendu à l’insu de son plein gré que cette substance somme toute monnaie courante s’est trouvée dans son organisme en quantités si importantes. Ben tiens : un accident, une maladresse, et hop!, qui n’a jamais eu du clenbutérol dans son urine, de l’EPO dans ses artères, de l’héroïne dans ses selles et du penthotal dans son p’tit déj’ !? (Il y a sans doute ici quelques erreurs – nous confessons bien volontiers et publiquement notre méconnaissance des méthodes courantes de doping ; l’idée même de boire un Red Bull en soirée nous paraissant une pratique déplacée, alors de l’EPO, pensez-vous…).
Quoi qu’il en soit, vous l’aurez compris, nous imaginons assez mal l’innocence de ce jeune sportif, sûrement talentueux au demeurant, mais dont les exploits passés nous laissèrent immédiatement songeur – voire suspicieux.
Deux choses peuvent, nous semble-t-il, choquer l’entendement, à l’écoute de cette annonce de la destitution de Contador. Déjà, n’est-il pas surprenant qu’on lui ai laissé ses deux victoires précédentes ? Ne sont-elles pas, elles aussi, légèrement suspectes ? Sommes-nous bien conscients que le message envoyé par le Tribunal arbitral du sport est : il a été capable de s’imposer deux fois en tout bien tout honneur dans cette épique épreuve, mais pour gagner la troisième fois, là, il a eu recours à des subterfuges illicites ! L’autre élément qui nous laisse dubitatifs est celui-ci : sachant qu’il s’est dopé, et qu’en faisant cela il a terminé (véridique !) la compétition (répartie sur près de trois semaines, et une vingtaine d’étapes) avec seulement 39 secondes d’avance sur le deuxième, quel paltoquet, quel abominable jobard, quel mou du genou, quel cuistre, osera affirmer que le deuxième n’a, lui, consommé que des bonnes bananes, du Gatorade (marque déposée), et des pâtes à la sauce bolo’ – le repas des champions !?
Comparaison n’est pas raison, dit-on, et on n’accuse pas sans preuve, disent les passionnés du vélo qui veulent encore croire que leur dada a un sens, et que les héros qu’ils adulent le samedi lors de quelque “criterium” de province ou carrément sur les routes du Tour Malet et du Mont Ventoux sont dignes de leurs acclamations. Mais rendent-ils service à leur vedettes, en les laissant se bousiller la santé en prenant d’insupportables risques ? Est-ce vraiment la meilleure façon de témoigner son admiration, que de se planter la tête dans le sable selon la bonne vieille technique de l’autruche, pour la ressortir avec de grands airs de vierge effarouchée lorsque l’un de ces nouveaux Achille est surpris la main dans le slip et l’aiguille dans le bras ?
Qu’on lui foute donc la paix, à ce monsieur Contador ! Puisque nous savons que son seul tort est de s’être fait attraper, et que sans produits dopants il savait – et NOUS savons – qu’il n’aurait JAMAIS pu gagner en l’état actuel des choses ; puisque, enfin, nous savons que dans quelques mois (24, si la sanction ne change pas), il reviendra parmi ses semblables, et que ses supporteurs les plus fidèles seront encore là pour applaudir ses exploits ; pour toutes ces raisons, je vous le redis : foutons-lui la paix !
“Malheur aux vaincus !”, dit le célèbre adage. La raison en est simple : plus ils sont grands, plus dure sera leur chute ! Plus pathétique sera aussi le retournement de veste plus que prévisible qui nous attend lorsqu’il reviendra. Les cuistres seront là, nous prenons les paris. Regardez Maradona : combien de fanas de football qui jadis le vouèrent aux gémonies ne vous répondront pas à présent qu’il fut et demeure le plus talentueux footeux de sa génération ? Et ils auront raison. D’ailleurs, après tout, lui au moins n’avait pas le mauvais goût de se vêtir de combinaisons FLUO !!!
Zèbrement vôtre.